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L’empreinte eau : face à la non-durabilité et aux inégalités

L'empreinte eau

 

Par Caroline Larocque, chargée de projets au Réseau des femmes en environnement et coordonnatrice du projet «Diminuer les rejets toxiques dans l'eau: j'agis aujourd'hui».

 

Selon le Gouvernement du Québec (2018), chaque québécois.es consomme en moyenne 570 litres d’eau potable par jour. Mais saviez-vous que cette quantité n’inclut pas les 1000 à 6000 litres d’eau nécessaires à la production des produits et aliments que nous consommons?(Turton, 2000) On appelle ces milliers de litres d'eau, l'eau virtuelle.  

 

Qu’est-ce que l’eau virtuelle et l’empreinte eau?

Pour mieux comprendre le concept d’eau virtuelle, il est important de parler d’abord de l’empreinte eau.

L’empreinte eau a été mise au point par le professeur Arjen Y. Hoekstra en 2002 et est maintenant standardisée par le Water Footprint Network . Exprimée en m3, l’empreinte eau est une mesure d’impacts des activités humaines sur l’eau, tant au niveau domestique, agricole et industriel. Au Canada, l’empreinte eau d’un individu est de 6 400 litres/jour (Mekonnen & Hoekstra, 2011). Cette consommation est distribuée de la façon suivante:  70% sont utilisés pour les produits agricoles; 20% pour les produits industriels; 10% pour produire de l’énergie et seulement 2% pour les besoins domestiques (Eau Secours,  2021).

 

Eau en chiffre

Comment l'eau est-elle utilisée à l'échelle de la planète? L'eau en chiffres (Eau Secours)

 

Parmi les 6 400 litres d’eau consommés par jour par les Canadiens, 79%  des sources locales et 21% sont liés à l'eau utilisée pour la production de biens de consommation ou pour des aliments importés (Mekonnen & Hoekstra, 2011). Il s'agit donc dans ce dernier cas, d’eau puisée dans des sources situées à l’extérieur du territoire canadien. Ainsi, ces chiffres illustrent bien que pour calculer l’empreinte eau, il est nécessaire de connaître les quantités d’eau douce ainsi que la quantité d’eau nécessaire à la production des biens et services consommées par la population.  Cette deuxième quantité correspond à ce qu’on appelle l’eau virtuelle.

 

L’eau virtuelle est l’ensemble des consommations d’eau nécessaire à une production agricole ou industrielle, ou à un service. 

 

En plus de la consommation d’eau potable nécessaire à la vie domestique de la population, il est nécessaire de pouvoir calculer la quantité d’eau nécessaire à la production des produits utilisés par celle-ci. On la considère comme étant virtuelle, puisque l’eau nécessaire à la fabrication des produits est souvent prélevée sur un autre territoire, par exemple dans le pays de production (souvent faisant partie des pays en développement), puis est exportée dans un autre pays (principalement dans les pays développés), où elle est alors utilisée. L’eau virtuelle représente l’eau associée à la production d’un bien de consommation et intègre donc, souvent, un échange économique quantifié en volume d’eau, entre deux pays ou deux territoires.

 

Inégalité et pénurie d’eau

Les méthodes pour quantifier l'eau virtuelle utilisée ont permis de mettre le doigt sur une problématique majeure. Cela démontre la dépendance de nombreux pays aux ressources en eau présentes dans d'autres pays. Certains pays ont très peu de ressources en eau et ont une économie basée sur la production et l’exportation de matières premières qui en consomment beaucoup, telles que le café ou le coton. Dans ces cas, l’eau peut ne pas être présente en quantité suffisante sur leur territoire pour subvenir aux besoins de la population puisqu’une grande partie de l’eau est utilisée pour la production de matière première qui sera exportée vers d’autres pays.

 

Le cas du coton

Prenons le cas d’un t-shirt de coton acheté au Québec, dont le coton provient de l’Inde, l’une des principales régions cotonnières au monde qui connaît pourtant une pénurie d’eau. La culture du coton est très gourmande en eau. Il faut environ 10 000 litres d’eau pour obtenir un 1 kg de coton. L’eau utilisée pour irriguer les cultures n’est alors pas utilisée pour la population locale, mais sert économiquement au pays pour l’exportation. Selon The Guardian (2015), l'eau consommée pour développer les exportations de coton de l'Inde en 2013 aurait suffi à fournir 100 litres d'eau par jour pendant un an à 85 % des 1,24 milliard habitants et habitantes du pays (tandis que plus de 100 millions de personnes en Inde n'ont pas accès à l'eau potable).

Une étude de l’Institute for Water Education (2005) sur l’empreinte eau du coton, a également démontré que les consommateurs et consommatrices des pays de l'Union européenne contribuent pour environ 20% à l'assèchement de la mer d'Aral située en Asie centrale.

Cela veut-il dire qu’il soit nécessaire d’arrêter d’acheter des t-shirts en coton? Pas tout à fait, mais cela illustre qu’en achetant ce type de produit, on peut contribuer indirectement aux pénuries d’eau dans un autre pays. D’autant plus qu’il est reconnu que la production textile rejette dans l’eau des volumes élevés de produits toxiques (teintures et autres traitements), notamment en déchargeant des eaux usées non traitées dans les rivières locales (Ellen MacArthur Foundation, 2017). Cela illustre également, comment l’industrie de la mode éphémère et le gaspillage vestimentaire entraînent des conséquences dans d’autres pays.

 

Qu’en est-il de l’empreinte eau circulaire?

On s’intéresse également à l’intégration du concept d’économie circulaire dans la quantification de l’empreinte eau. Bien que le cycle de l’eau suggère une boucle infinie de la ressource en eau, cette circularité n’est pas inoffensive, considérant que l’eau peut être contaminée de plusieurs façons, ou que son usage peut provoquer diverses problématiques comme l’érosion des sols. Pour l’instant, les méthodes de calcul de l’empreinte eau n'englobent pas pleinement les concepts d’économie circulaire.

 

L’empreinte eau circulaire est définie comme étant l’eau qui peut être récoltée à plusieurs reprises avec des impacts environnementaux négligeables  (Sauvé, S., Lamontagne, S. et al., 2021). 

 

Du point de vue de l’empreinte eau circulaire, une petite empreinte eau, dont la source d’eau est non renouvelable, est plus néfaste qu’une empreinte eau importante provenant d’un système en boucle fermée durable et renouvelable (Sauvé, S., Lamontagne, S. et al., 2021). Ainsi, l’empreinte eau circulaire calcule l'empreinte eau totale et lui déduit l’empreinte circulaire afin de déterminer l’empreinte eau non circulaire et non durable pour laquelle il est nécessaire de chercher des façons de les éviter ou de les minimiser.

 

Douche courte VS consommation locale

Le concept de l’empreinte eau circulaire permet de souligner que trop souvent, l’accent est mis sur de petites économies de consommation d’eau, comme prendre une douche plus courte, au détriment de gestes ayant un meilleur potentiel de réduction de l’empreinte eau non circulaire, comme la réduction de la consommation d’aliments importés provenant de climat plus chaud, tel que le café par exemple.

En effet, dans un environnement riche en eau, comme c’est le cas au Québec, la principale empreinte environnementale de l’action de prendre une longue douche est constituée par l’énergie consommée et les produits chimiques utilisés pour le traitement de l’eau. Au niveau de l’empreinte hydrique, l’eau de la douche pourrait être contaminée par les ingrédients contenus dans le des produits d’hygiènes corporels. Mais sommes toutes, l’eau sera principalement circulaire, c’est-à-dire que l'eau prélevée de la rivière pour alimenter nos douches sera presque entièrement renvoyée à la rivière dans des conditions semblables. (Sauvé, S., Lamontagne, S. et al., 2021)

En comparaison, le potentiel de réduction de l’empreinte eau non circulaire est plus élevé en choisissant des aliments locaux, dont l’irrigation provient de sources d’eau renouvelable, plutôt que des aliments importés, comme le café, le chocolat ou l’avocat, provenant de régions chaudes où il est plus probable que l’eau d’irrigation agricole provienne de sources non renouvelables.

 

Comment réduire notre empreinte eau?

Il est important de réduire le gaspillage et notre consommation directe d’eau, mais il faut être conscient de la consommation indirecte.  Si le calcul de l’empreinte eau et de l’eau virtuelle permet de mettre de l’avant des inégalités et des déséquilibres géographiques de la répartition de l’eau sur Terre, les solutions à ces problèmes ne sont pas évidentes. Il est nécessaire d’identifier les sources de consommation d’eau non circulaires et non durables pour mieux cibler les initiatives ayant le plus d’impacts positifs sur l’environnement.

Du point de vue des pays, ils peuvent agir en améliorant les réglementations, les lois et en créant des politiques qui visent une gestion durable de l’eau. Certains types de programmes ou de politiques ont été développés comme la redevance eau pour les entreprises qui utilisent de l’eau directement ou indirectement. Il existe également des systèmes d’échange de qualité de l’eau, où les entreprises peuvent échanger des crédits de qualité de l’eau ou des droits de pollution. 

Au niveau des industries, on remarque que de plus en plus d’organismes de bassins versants et d’organismes de normalisation travaillent avec elles afin d’améliorer leurs pratiques et ainsi réduire leur empreinte eau. Malgré tout, les efforts ne sont pas encore suffisants.

Le cas du coton et des aliments importés, comme le café, viennent aussi démontrer qu’il est nécessaire d’informer et de soutenir la communauté. En effet, si la population connaissait mieux les conséquences sur l’eau et les autres ressources de leur mode de consommation , elle pourrait faire des choix plus responsables et éviter le gaspillage et la surconsommation. Parmi ces choix, les consommateur.trices peuvent:

  • Privilégier des aliments provenant du Québec;
  • Privilégier une alimentation végétarienne plutôt que carnivore;
  • Diminuer la consommation de café et de chocolat d’importation;
  • Consommer moins ou faire en sorte d'augmenter la durée de vie de nos biens de consommation (ex. vêtements).

 

Eay

Les aliments à l’empreinte eau la plus élevée. Water Footprint Network. © Statista 

 

Pour en savoir plus, consultez les sources suivantes :